Présentation de SoNeP : le futur des réseaux sociaux

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[Disclaimer : je tiens à m’excuser d’avance pour cet article « pavé ». J’ai cependant mis en gras les notions importantes à mes yeux, donc si vous ne voulez pas tout lire, regardez au moins ce qui est en gras :p (en revanche, vous ne comprendrez pas tout…)]

J’avais commencé un article sur le pourquoi Diaspora* ne m’apportait pas LA solution que j’attendais en terme de réseau social… mais je suis tombé sur quelques écrits (principalement de Ploum) qui résument très bien mes pensées. Je vous invite donc à les lire en cliquant sur les liens suivants :
Et si vous arrêtiez de vouloir créer « le prochain Facebook » ? [fr]
Statut Google+ de Ploum [en]
Pourquoi la décentralisation fonctionne mal mais est inévitable dans les réseaux sociaux [fr]

Mais comme je suis du genre sympa, je vous ai quand même écrit un petit quelque chose histoire d’apporter du contenu. Ce petit quelque chose, c’est ma vision d’un monde web où nos relations, notre communication, nos partages, passent par un protocole standardisé, Libre et documenté. C’est un petit monde utopiste où les gens peuvent choisir le réseau social qu’ils veulent utiliser, tout en pouvant communiquer avec leurs amis qui utilisent un autre réseau. Un petit monde décentralisé, où votre identité numérique est géré par vous-même, où vos données sont stockées sur votre propre serveur (ou celui de votre pote un peu geek). C’est un petit monde qui réglerait pas mal de problèmes de confidentialité et de sécurité. Et bien sûr, j’ai failli oublier, c’est un monde tout à fait plausible, techniquement en tout cas… il ne tient qu’à vous de pousser les développeurs à s’emparer du sujet 😉

Le texte qui suit est une fiction (on peut imaginer que ça se déroule d’ici 4 ou 5 ans) mais se base sur pas mal d’éléments actuels. Je vous invite donc à cliquer sur les liens pour approfondir la lecture. Et notez bien que le texte est volontairement optimiste (et un poil geek) afin de montrer les possibilités qu’offrirait un tel protocole.

Bienvenue sur le réseau

– Et au fait, t’es sur Facebook ?
– Facebook ? Y a encore des gens qui utilisent ça ? 😀
– Faut croire oui… t’es sur quel réseau social toi ?
– Hum (:?) je suis pas vraiment « sur un réseau », je *fais parti* du réseau [/mode geek-inside]

Je pensais pourtant que tous mes amis avaient quitté Facebook… mais d’après mes discussions, il faut croire que certaines personnes résistent encore et toujours… En guise d’envahisseur ? Un petit nouveau : SoNeP (pour Social Network Protocol). Comme son nom l’indique, il s’agit d’un protocole dédié à la communication sur les réseaux sociaux. Il a tout d’abord été développé par Collabora qui regroupe tout un tas d’acteurs du monde Libre (Gnome, KDE, Debian, Fedora, etc.), déjà à l’origine de Telepathy, un framework dédié à la communication. Très vite, le projet a été mis en avant et supporté par la fondation Mozilla qui voyait dans ce projet un moyen de se relancer dans la course aux technologies ouvertes, leur travail dans le monde des navigateurs étant à peu près terminé. Pour rappel, une grosse partie du code source d’Internet Explorer vient d’être libéré ; Google a laissé tomber Chrome au profit de Chromium suite à la controverse portant sur de multiples backdoors dans le code source ; et Epiphany, la navigateur par défaut de l’environnement Gnome, fait une grosse percée actuellement grâce à son ergonomie épurée et efficace. Mais je m’égare. Notez simplement que Google, Microsoft et Twitter ont rejoint le mouvement SoNeP 2 ans après son lancement.

Quelques mots sur SoNeP

SoNeP est donc actuellement le protocole pour réseaux sociaux le plus abouti. L’idée a émergé suite à la montée en puissance de So.cl, le réseau social de Microsoft, qui a réussi le tour de force d’imposer son réseau aux étudiants (leur cible à l’origine). Ces derniers se voyant « imposer » cet outil par leurs établissements scolaires suite à des accords passés à travers le monde, à la manière de MSDN Academic Alliance. Mais il faut bien avouer qu’ils ont vraiment apporté quelque chose de neuf pour le travail collaboratif (je ne m’étendrai pas là-dessus, la presse l’a déjà bien assez fait avant moi ;))
Bref, il faut croire que les internautes en ont eu marre de devoir changer de réseau tous les 3 matins et SoNeP a été annoncé. L’idée était de gérer son identité unique sur tout type de réseau social (ou de sites) à condition de supporter le protocole. Il fut d’abord reproché qu’il existait déjà XMPP qui pouvait très bien remplir ce rôle. La controverse fut terminée lorsque Jeremie Miller, le créateur de XMPP apporta lui-même son soutien à SoNeP, arguant que XMPP n’avait pas été prévu à l’origine pour servir de base à un réseau social et que le processus de standardisation était trop lourd [ndla, Jeremie Miller semble en fait déjà développer un protocole pour réseaux sociaux, mais je ne me suis pas trop renseigné dessus].
Le protocole fut tout d’abord très bien accueilli par la communauté geek, porté par l’effet médiatique de leur levée de fond sur Kickstarter (ils levèrent 4 fois plus d’argent que leurs prévisions !). Mais assez, parlé, voyons un peu ce que propose ce protocole et quelles applications utiles je lui trouve.

À propos des spécifications

Tout d’abord, il faut savoir que SoNeP permet de gérer son identité en ligne à travers un identifiant unique, sous la forme d’une adresse mail. Vu que l’on a installé un serveur SoNeP chez les geexxx, mon identifiant actuel est marien.fressinaud@geexxx.fr. Notez que c’est aussi mon adresse mail, mais le mail tendant à disparaître de nos jours justement au profit de SoNeP, je ne sais pas si ça vous intéresse :þ Par conséquence de tout ça, vous pouvez me contacter à travers tout client supportant SoNeP : Empathy, Google+, Diaspora*, Twitter, MSN, LinuxFR.org, divers forums, etc.
En gros, un identifiant n’est plus associé à un site, mais véritablement à une personne.
Un élément intéressant est la gestion des identifiants multiples. Il est possible de raccrocher plusieurs identifiants (username, password) à un même compte, et en fonction de ces identifiants, accorder un certain nombre de droits. Ainsi, sur LinuxFR, je n’ai besoin que de poster quelques articles de réflexions. J’ai donc créé un identifiant marien.fressinaud@geexxx.fr/linuxfr (avec mot de passe associé) et je ne lui ai permis de gérer que les articles courts (publication, modification et suppression). Mon identifiant marien.fressinaud@geexxx.fr/twit me permet de gérer mes tweets et d’accéder à ma liste de contacts, que ce soit sur Twitter ou Identi.ca. Sur Empathy, je gère le chat, l’audio-vidéo et ma liste d’amis. Bref, c’est vraiment super pratique pour sécuriser un minimum son compte.
Le système de listes est bien évidemment au rendez-vous pour ne publier qu’avec certains groupes d’amis. Ce système de listes a été repris des aspects de Diaspora* (qui avait déjà été repris par les cercles de Google+ à l’époque).
SoNeP est décentralisé, donc toutes mes données se trouvent sur le serveur de geexxx.fr. J’ai donc la main-mise dessus… mais au pire, les plus « sensibles » sont cryptées (je ne tiens pas à ce que mes collègues geexxx voient tout ce que je publie :D)

Un protocole universel

Bien sûr, la force de SoNeP, c’est qu’il n’y a pas besoin d’être sur tel réseau pour voir telles informations. Prenons l’exemple de Twitter et Identi.ca, deux sites de micro-blogging. Lorsque je twitte sur Twitter, le twit est aussi sur Identi.ca vu que tout se passe sur mon serveur SoNeP. Ainsi mes contacts peuvent utiliser le réseau qu’ils veulent, ils auront toujours accès au contenu que je diffuse.
De plus, sur mon site perso qui est full-SoNeP, mon blog reprend les articles que j’écris sur LinuxFR ou sur geexxx.fr, j’affiche aussi mon flux Diaspora* et mes twits dans un coin. La présentation que je fais de moi reprend évidemment les infos que j’ai donné via SoNeP.

Et là, vous allez me demander : « Mais si le contenu est identique sur chaque site, sur chaque réseau… quel intérêt alors à en avoir autant de différents ? »
Et moi de vous rétorquer « Lorsque vous utilisez Firefox ou Chromium, le contenu qui s’affiche est toujours le même… quel intérêt de choisir tel ou tel navigateur ? »
En effet, au début cela peut paraître inutile d’avoir autant de sites différents pour afficher tout le temps le même contenu. L’intérêt vient en 3 points je dirais : la présentation, le traitement et l’ajout de fonctionnalités.
Sur chaque client SoNeP la présentation est différente. Ainsi, chaque personne a le choix et n’est pas contraint à utiliser une interface plutôt qu’une autre.
Le traitement, c’est ce que fait le mieux Google et Twitter qui arrivent bien à mettre en avant les informations les plus intéressantes / utiles / pertinentes. De plus, ce traitement amène à créer une sorte de communauté sur chaque réseau, ce qui devient amusant quand les partisans des différents réseaux commencent à se tirer dans les pattes (gentillement évidemment :þ) à coup de messages moqueurs.
Enfin, l’ajout de fonctionnalités, c’est un peu ce qui distingue dans le monde des systèmes d’exploitation les différentes distributions Gnu/Linux. Certains clients SoNeP proposent certaines fonctionnalités que d’autres n’ont pas, et cela attirent les gens vers ce réseau ; ce qui poussent bien évidemment les autres à proposer une autre fonctionnalité innovante… Bref, c’est un cercle vertueux. Il n’est d’ailleurs pas rare que cela amène à créer un standard quand la fonctionnalité se répand (ce fut le cas pour l’échange de fichiers ou la gestion des tableaux blanc interactifs). Et cela ne pose aucun problème aux internautes vu qu’il n’y a plus aucun besoin de se recréer une nouvelle identité à chaque changement de réseau. En gros, lorsque vous possédez une adresse SoNeP, vous êtes immédiatement inscrit sur chaque site et réseau supportant le protocole SoNeP !

Pour finir…

… on se demande vraiment ce que fabrique Facebook. À croire que l’hémorragie de cette année (perte de 100 millions d’utilisateurs !) ne leur a pas suffit. Pourtant il y a des choses intéressantes chez eux (notamment les jeux et le grand choix de location de films) mais je n’y retournerai pas tant qu’il ne proposeront pas la gestion de SoNeP ! Surtout que mes contacts ont déjà migré en grande partie 😉

Bon, je dois vous laisser, j’ai une visioconférence pour le boulot 🙂 Je sais pas trop quoi je vais utiliser du coup… Empathy, Google+, Diaspora* ou le truc qu’ils ont développé en interne, tout buggué ? Parce que c’est ça aussi SoNeP : c’est le choix de l’outil 😉

{8} Thoughts on “Présentation de SoNeP : le futur des réseaux sociaux

  1. J’ai deux remarques principales à faire à propos de cet article. Je découpe en deux commentaires pour pouvoir répondre plus facilement à chacune.

    La première, c’est ce sentiment de centralisation dans la décentralisation ^^
    Le réseau que tu présentes est décentralisé dans le sens où les données ne sont pas enregistrées sur le même serveur physique, par contre il est très centralisé dans le sens où un seul compte centralise toutes tes identités sur le web. Je ne sais pas comment tu imagines la gestion de toutes ces identités, mais ça a intérêt à être sacrément bien ficelé, parce que si cet unique compte sert à la fois pour le partage de photos de beuveries avec les copains et pour les vidéos conférences professionnelles, la séparation doit être bien faite…

    Conséquence de cette centralisation en un seul compte, si celui-ci est piraté, c’est toutes tes identités sur l’Internet qui sont corrompues, à la différence de perdre son compte facebook ou son compte twitter ou son compte gmail ou son compte diaspora ou son compte developpez.com… Là, on les perd tous d’un coup… Dangereux !

    « Un Réseau pour les gouverner tous. Un Réseau pour les trouver. Un Réseau pour les amener tous et dans les ténèbres les lier. »

    • Je répondrai donc en deux commentaires 😉

      Je comprends parfaitement le problème de cette centralisation de nos données. Je n’ai émis ici que des idées qui me trottent en tête depuis un moment et que je voulais mettre au clair.
      Premièrement, on pourra toujours se créer plusieurs comptes si on veut vraiment séparer l’aspect professionnel et l’aspect personnel.
      Mais j’imaginais, justement grâce au principe des identifiants multiples, qu’on pourrait séparer notre liste de contacts entre ces différentes « identités ». En gros, grâce à l’identifiant marien.fressinaud@geexxx.fr/boulot, je pourrais ajouter M Dupont, mon patron dans mes contacts. En revanche, en me connectant avec marien.fressinaud@geexxx.fr/linuxfr par exemple, je ne pourrais pas communiquer avec lui, sauf en l’explicitant *vraiment*. C’est un modèle qui est à réfléchir évidemment, mais je pense que c’est tout à fait faisable.

      « Si le compte est piraté » : c’est exactement pour ça que j’imaginais un système de droits pour les différents identifiants, ça permet de limiter les risques. Si tu te fais pirater ton compte Twitter, tu ne perds pas ton compte GMail car tu ne lui auras pas permis de gérer tes mails par exemple. La gestion globale pouvant se faire alors à travers le serveur, sécurisé au « maximum ». C’est un risque évidemment. Mais je pense que pour « monsieur-tout-le-monde » le risque est tout de même moins grand : qui ira pirater un serveur où il n’y a que 4 personnes ? À moins d’avoir une dent contre l’une de ces personnes, ça n’en vaut pas la peine.

  2. Deuxième remarque, je pense que la multitude de site disparaîtra. Ta comparaison avec les navigateurs est bonne, mais pourtant, c’est exactement ce qui se passe : IE avait le monopole, là on est dans une période de transition mais bientôt ce sera Chrome. Ça ne sert à rien d’avoir plusieurs logiciels qui font la même chose, comme ça ne sert à rien d’avoir plusieurs réseaux qui présentent le même contenu. Même s’il y a des différences, au final, il y en a un qui va dominer et les autres qui vont devenir marginaux. C’est comme ça, parce que le grand public ne fait pas l’effort de les découvrir. On s’inscrit sur un des réseaux, là où « le cousin qui s’y connaît à dit que c’était bien » et puis on ne va pas voir ailleurs, et il ne reste que les geeks sur ceux d’à côté.

    • « ça ne sert à rien d’avoir plusieurs réseaux qui présentent le même contenu » -> la question peut être aussi « a-t-on besoin de plusieurs réseaux différents ? » Personnellement, j’aimerai pouvoir regrouper le flux de données issu de Facebook, de Google+, de Twitter, de Diaspora*, etc.
      La difficulté ensuite est d’arriver à gérer la quantité de données, d’où ce que je dis : le traitement des données.

      Ensuite, le problème de dominance peut être préoccupante effectivement. Si Chrome devient dominant, avec 90% de part de marché par exemple, il faudra se préoccuper de deux choses : qu’on ai toujours le choix du navigateur (Chrome ne doit pas nous être imposé), et que Chrome continue à respecter des standards ouverts. Aujourd’hui, je crois que le problème qui se pose est que certains développeurs (et Google) développent des choses *exclusivement* pour Chrome. Il y a un problème là !

      Et on voit ici une des limites de mon texte dans lequel je dis que les standards sont d’abord proposés comme des technologies à part, puis intégrés dans les spéc une fois qu’elles sont devenues populaires. Vaut-il mieux attendre que la spécification soit proposée avant de l’implémenter, ou doit-on faire reposer les spécifications sur l’implémentation. Le premier cas est plus « respectueux » mais moins efficace, le deuxième cas peut accélérer les choses, mais déséquilibre quelque peu la balance entre les réseaux.

      En résumé, cela ne me pose pas de problème qu’il y ai un réseau dominant du moment que
      1. j’ai le choix
      2. que le réseau en question respecte les standards et qu’il joue le jeu des technologies ouvertes

  3. Rahh, j’aime voir des pensées que je pensais avoir élaborées en interne couchées sur le papier. C’est perfect. Sinon par rapport à la décentralisation, si il s’agit d’un protocole utilisé universellement je pense qu’il sera possiblle d’inclure le serveur par défaut sur l’ordinateur (où/ et smartphone) de l’utilisateur.

    Les possibillitées d’évolution et d’utilisation seraient énormes, et le tous sur un résau décentralisé et dont tous les utilisateurs en partageraient le cout, qui serait donc nul. :p

    J’ai pas encore pris la peine de suivre tous les liens, mais se sera bientôt chose faîtes.

    En tous cas merci pour l’article et le blog. Et désolé pour l’orthographe

    • Le problème d’inclure le serveur sur l’ordinateur de l’utilisateur, c’est que cet ordinateur n’est pas toujours allumé ou connecté au réseau. Il y a donc un problème de la persistance des données. Voir pour cela le projet de la FreedomBox (et autres projets-frères) qui devrait être un « mini-serveur » avec donc possibilité de le laisser allumer 24h/24 sans grande consomation d’électricité.
      Un projet intéressant à suivre et qui propose vraiment des trucs « innovants », c’est Salut à Toi, notamment avec ce qu’il présente dans son dernier article : une « radio collective » passant par XMPP

      Je me suis permis de supprimer le premier commentaire qui était identique 😉

  4. Bon, c’est une bonne idée ça !
    Hâte que ça se concrétise car l’idée est bonne, avec même une interface web pour voir tout les comptes créer et où on est dessus ? (quel forum…) Bonne chance pour la création de ce projet, j’avais une idée similaire.

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