Bloguer est un art difficile.

Un petit meta article pour réfléchir sur la communication sur le Web.

La communication est essentielle dans un projet, et encore plus lorsqu’il est Libre. Il n’y a rien de pire que de travailler « en boite noire » sans communiquer avec la communauté, et d’arriver plusieurs mois plus tard en disant « TINTIIIN ! Voici une nouvelle version qui a complétement changé de direction par rapport à ce que vous croyiez et maintenant c’est trop tard pour faire quoi que ce soit ! ». Je pense d’ailleurs honnêtement que c’était la cause principale de l’échec du projet diaspora* lorsqu’il était mené par ses fondateurs. Même si on s’est un peu amélioré depuis, il reste beaucoup d’effort à faire en ce sens. Pourquoi communiquer est-il si important ? Vous connaissez déjà la réponse à cette question : un projet a tout à gagner à être connu. Plus d’utilisateurs, ce qui en fait un projet plus attractif, plus rentable s’il est basé sur ce genre de modèle d’affaire, plus crédible aussi, et plus fort, lorsqu’il y a des bras de fer avec les concurrents. Mais aussi, une plus grosse communauté qui, si elle est bien gérée, peut amener plus de contributeurs (développeurs, mais aussi designeurs, sysadmin, traducteurs… Tous sont nécessaires) et donc un projet de meilleure qualité. Il faut savoir jouer avec avec finesse, mais les bénéfices sont souvent à la hauteur des efforts fournis. Maintenant que nous sommes d’accord sur le fait que la communication est essentielle et que le succès ou l’échec d’un projet dépend d’abord d’elle, peu importe sa qualité technique, je peux rajouter deux gros bémols.

En tout premier lieu, il faut savoir communiquer au bon moment, au bon public et sur les bons sujets. Par exemple, vous pourriez être étonné de mon manque de communication sur le projet diaspora*, sur lequel je passe pourtant des dizaines d’heures par semaine. Et bien, je considère que le projet n’est pas encore prêt, et donc que ce n’est pas le bon moment pour communiquer sur le sujet, surtout pas auprès du grand public, et à peine auprès des utilisateurs avertis. Communiquer trop tôt, c’est risquer de voir les gens venir découvrir le projet, être déçu, et ne jamais revenir, alors que le projet pourrait complètement leur correspondre une fois la maturité nécessaire atteinte. J’ai utilisé pour la première fois un téléphone Firefox OS en 2012. J’aurais pu en parler immédiatement. Les premiers téléphones sont sortis et ont été vendus au grand public en Juillet 2013. Je n’en ai pas parlé sur mon blog ou les canaux plus visibles que sur diaspora*. Ce n’est que maintenant, presque deux ans après ma première utilisation, que je commence à vraiment promouvoir Firefox OS, car je considère que la version 1.4 est suffisamment mature pour être présentée aux gens. Et qu’est-ce que j’ai comme premiers retours ? De la part des particuliers, à 90% du positif. De la part des geeks ? « Téléphone pourri, mauvais hardware, soit disant lags… ». Je n’imagine même pas la tronche de la revu un an plus tôt sur le Open avec 256Mo de Ram et en version 1.0. La revue « négative » sur laquelle se basait Cyrille pour descendre le ZTE Open C avant d’avoir reçu le sien est celle-ci. En résumé, Firefox OS n’est pas critiqué, ce sont le manque d’applications sur le marketplace et un hardware « bof on peut avoir le même avec un Android et en plus comme ça on a des applis » qui sont décriés. Et c’est là que l’on comprend qu’il y a quand même un point comm’ qui est passé visiblement inaperçu malgré le nombre d’article même dans la presse généraliste sur le sujet (comme l’interview de Nitot chez le Nouvel Obs) : Pourquoi Firefox OS ??. Tous les articles qui font des reviews passent complétement à côté du sujet, considérant que ce système d’exploitation n’est qu’un de plus parmi tant d’autres, et jeune donc immature. Mais NON, si même les geeks ne comprennent pas que le but est justement de se passer d’Android et de ses applications restrictives qui pompent nos données comme notre sang par les moustiques au bord d’un lac en Juin, comment voulez-vous que la comparaison tienne le coup ? Aucune mention nulle part que le système d’exploitation est un Logiciel Libre, que c’est le seul système conçu par une fondation à but non-lucratif, qu’il est fait en pensant d’abord à la protection de nos données, qu’une nouvelle version sort tous les 3 mois et qu’on peut donc s’attendre à voir l’OS évoluer très rapidement… Donc, visiblement, il aurait fallu communiquer plus et mieux sur le projet lui même (c’est pour ça que je me suis décidé à écrire un billet hier), pour expliquer le but et la stratégie de mozilla aux reviewers qui n’ont visiblement pas compris qu’il était normal de ne pas avoir 8M pixel sur un téléphone que l’on qualifie d’entrée de gamme et que l’on destine aux gens qui n’ont jamais eu de smartphone.

Vous l’avez compris, choisir le bon message au bon moment et auprès du bon public est un exercice difficile qui peut faire basculer l’intégralité d’un projet, car la communication est une arme à double tranchant, et la manier n’est pas mon métier. J’aime cela, mais je n’ai aucune compétence particulière en la matière. Nous arrivons donc au deuxième bémol sur le blogging. Lorsque l’on blogue, il s’agit de faire la pêche aux informations. Quand c’est un projet fermé, il faut s’y mettre encore plus (et c’est ça qui peut être rigolo), mais dans les deux cas, il s’agit de fouiller, des commits git, des changelogs, des mailing listes, d’interroger, des développeurs, des utilisateurs, d’essayer. C’est justement ça le travail d’un blogueur, d’aller fouiner pour savoir ce qui se passe réellement dans un projet pour ensuite le résumer aux gens qui ne font que lire. Quel est l’intérêt de bloguer si l’on attend simplement une dépêche, un billet de la part de gens impliqués dans le projet pour le reprendre ? Ce n’est pas en lisant ces billets qu’un avis critique sur le projet pourra être donné ! Surtout que les équipes des projets sont en général ouvertes et prêtes à parler de ce qu’elles font, Philippe Scoffoni m’a par exemple demandé de lui parler un peu de diaspora* et j’ai répondu avec plaisir. Je remarque une certaine tendance à vouloir parler des choses sans réellement approfondir qui me déçoit un peu. C’est pourtant pour moi les critères principaux d’un blogueur de qualité : un bon sens critique / mise en relativité et la capacité à aller chercher l’information et la mettre en forme. Quand Cyrille nous dit « que personne ne parle de la sortie de Firefox OS » et que je vois l’annonce officielle suivie de la liste que l’on a dressé entre contributeur mozilla des articles annonçant la sortie, je me dis qu’il y a quand même un petit décalage.

Amis blogueurs, venez donc nous questionner, discutons, échangeons, et je vous laisse la joie de mettre tout ça en forme comme vous le souhaitez à la fin, avec votre grain de sel, et en vous rappelant que vous avez le pouvoir de couler un projet comme de lui donner une prestance impressionnante. Cela mérite d’y réfléchir un peu, d’aller chercher les infos à la source sur github et les mailing list plutôt que dans des flux RSS, pour sortir un article inédit !

{5} Thoughts on “Bloguer est un art difficile.

  1. La stratégie de mozilla avec Firefox OS est pourtant très claire, je l’ai très bien comprise depuis le départ, j’ai donc tendance à croire que les « reviewers » dont tu parles ne savent pas lire, où le font exprès en mode « mal comprenant » (par intérêt ou juste pour du buzz/polémique…).
    J’ai juré que je n’aurais jamais d’ordi-phone tant qu’une alternative correcte et respectueuse de l’utilisateur ne serait pas dispo, donc dés que j’aurais en main ce fameux ZTE Open C que le Leclerc le plus près de chez moi n’a pas en magasin -_- je compte bien écrire une bafouille dans le bon sens.
    Chose que je dois expliquer aussi à mon entourage qui, ne connaissant pas du tout le truc, vu que ça vient de sortir à leurs yeux, sans s’être renseignés, considère comme tu le dit, que « ce système d’exploitation n’est qu’un de plus parmi tant d’autres ».
    Encore faut’il qu’ils m’écoutent et ne tombent pas sur un article dédaigneux.

  2. Je comprends pas ça :

    «Tous les articles qui font des reviews passent complétement à côté du sujet, considérant que ce système d’exploitation n’est qu’un de plus parmi tant d’autres, et jeune donc immature. Mais NON, si même les geeks ne comprennent pas que le but est justement de se passer d’Android et de ses applications restrictives qui pompent nos données comme notre sang par les moustiques au bord d’un lac en Juin, comment voulez-vous que la comparaison tienne le coup ? Aucune mention nulle part que le système d’exploitation est un Logiciel Libre »

    FFOS est immature, raison pour laquelle il n’a pas beaucoup d’appli (problème de la poule et de l’œuf) mais en même temps, oui on le sait que l’os est libre ! C’est marqué partout, faut pas savoir lire pour avoir échappé à l’info! On le sait, on l’a lu et donc tiré les conclusions qui vont bien ! (on va avoir un smartphone, un vrai ! Enfin !)

    Donc franchement, au risque de retourner ton argumentaire comme une vieille chaussette, je comprends pas ce que tu dis…

    • Le « Mais NON » répond au « considérant que ce système d’exploitation n’est qu’un de plus parmi tant d’autres », pas au « jeune donc immature », sur lequel nous sommes d’accord.

      Mon propos est simple : la comparaison est fait sur les OS uniquement au niveau de la maturité, alors qu’il y a des arguments majeurs pour Firefox OS : il est Libre, respectueux, fait par une fondation et pas une entreprise… Or personne n’en parle, ce qui m’agace.

  3. Pourquoi un tool win32 pour flasher???

    Libre != Linux_only, ok mais là, c’est se foutre de notre gueule.

    Ça rappelle les versions FF mal intégrés à Linux. Il est temps d’assumer chez Mozilla!

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