Ma vision d’un vrai web social Part. 3 : Mes identités virtuelles

Il est recommandé d’avoir lu les parties une et deux avant de lire cet article.

Tl;dr : Sur internet, nous ne sommes pas anonyme, nous avons juste une identité différente de celle que nous avons dans la vraie vie. Nous en avons même plusieurs, elles correspondent généralement à nos adresses e-mails. Un vrai web social doit permettre de les gérer facilement.

Nous avons vu dans la partie 1 une des facettes du problème de la vie privée : la nécessité de garder le contrôle de nos données, notamment en les stockant chez nous et pas dans un service hébergé aux États-Unis. Pourtant, le fait que Facebook ait le droit d’utiliser le contenu que vous avez mis sur son site comme bon lui semble (oui, s’il veut vendre photo de profil à Coca-Cola pour leur prochaine pub, il a le droit) n’est pas le plus gros problème de vie privée posé. Non, le plus gros problème, c’est plutôt ce que vous racontez, et qui se retrouve accessible à tous, malgré des soit disant réglages de protection. Vous saviez qu’aux États-Unis, la nouvelle mode pour un employeur est de demander les accès de votre compte Facebook ? Oui oui, il ne veut pas que vous le rajoutiez en ami, non, il veut pouvoir se connecter sur votre compte et regarder ce que vous faîtes, en ayant accès à tout. Et, crise et nécessité de trouver un emploi obligent, les gens acceptent. Tout ça pour dire qu’un autre gros problème de vie privée sur les réseaux actuels, c’est que ce que l’on raconte. Et c’est surtout, sous quelle identité on le raconte.

Car sur Internet, on a une identité. Lorsque l’on entend dire que sur Internet, on est anonyme, on veut souvent dire que notre identité sur Internet à ce moment là n’est pas reliée à notre identité civile. Parce que même lorsqu’on ne parle pas en notre nom, on a bien souvent un pseudo, une image, quelque chose qui nous identifie. Si tous les messages que l’on poste sur les blogs, les forums, etc, étaient vraiment anonymes, sans auteur lié, ce serait quand même une belle pagaille.

Donc sur Internet, nous avons une identité. En réalité, nous en avons même plusieurs. Et nous choisissons celle qui correspond au contexte dans lequel nous sommes. Nous présenterons notre identité civile là où nous présentons notre CV. Nous aurons un pseudo recherché pour parler sur les sites d’actualités, les forums des domaines qui nous passionnent. Et puis nous serons DarkLiliputien42 sur les sites de jeux, parce que de toute manière tout le reste était déjà pris.

Mais plus que nos pseudos, ce qui fait vraiment de notre identité sur Internet, ce sont nos adresses mails. Beaucoup de gens sont étonnées quand je leur dis que je possède 6 adresses mails. Et pourtant, 6 identités sur Internet, j’ai bien besoin de ça ! Je m’en sers pour tellement d’usages différents… J’ai mon adresse personnelle, celle qui me sert pour communiquer avec ma famille, que je donne aux administrations comme la caf, et qui est écrite sur mon cv. J’ai aussi mon adresse fourni par l’école, qui me permet d’échanger avec les autres élèves et mes profs sans leur donner ma vraie adresse. Je suis en alternance, j’ai donc une adresse à l’entreprise, pour tout ce qui est professionnel. Et j’ai une autre adresse au nom de ma propre boite, car je suis auto-entrepreneur pour faire des sites internet. J’ai aussi ma vieille adresse Hotmail, de l’époque d’MSN, qui me sert un peu de poubelle, pour les sites de jeux, les pétitions en ligne, les newsletters que je veux suivre sans me prendre du spam dans ma vraie boite. Et puis j’ai une dernière adresse, mais finalement une des plus utilisées, flaburgan[at]geexxx.fr, mon identité d’informaticien, de contributeur, d’hacktiviste. C’est avec elle que je poste sur ce blog, que je suis inscrit à Diaspora, que je contribue au projet Mozilla, que je réagis sur les blogs et les forums qui touchent de près ou de loin à l’informatique, mais pas que.

J’ai donc 6 identités différentes sur le réseau. Pas forcément séparées de mon identité civile (je ne dirai pas de ma « véritable » identité, toutes ces identités sont moi, d’une manière ou d’une autre) car plusieurs portent mon vrai nom dedans. Pour autant, toutes représentent quelque chose de différent, selon qu’on s’adresse au copain, à l’élève, au salarié, à l’auto-entrepreneur, à « l’intéressé qui se protège du spam » ou au contributeur / philosophe du net.

Cela observé, revenons maintenant au web social. Après les deux premiers points importants, garder le contrôle de ces données et ne pas enfermer le contenu et les échanges, nous voici arrivé à un troisième point : ne pas se limiter à une identité. Et là encore, que l’on soit dans un réseau social libre ou pas, cette notion est complétement absente. Bien sûr, dans les réseaux comme Google+ et Facebook, pas besoin de se poser la question, les pseudonymes sont interdits, on est obligé de publier sous son identité civile. Comme je connais personne qui en a deux en même temps, je conçois qu’il n’y a pas besoin de gérer plusieurs identités, c’est interdit à la base. Ces réseaux sont donc à côté de la plaque dès le début. Pour les réseaux plus ouverts, qui autorisent les pseudonymes, il y a là un débat intéressant.

En fait, même les autres réseaux sont concernés, puisque la question de ces identités correspond à la question de vie privée, au niveau du discours tenu (de ce que l’on raconte, quoi). En effet, pourquoi a-t-on plusieurs identités ? Parce que, comme on l’a dit ci-dessus, on ne dit pas la même chose si l’on est élève ou auto-entrepreneur, salarié ou contributeur. Et donc, cette pseudo « séparation » que veulent nous offrir les « Aspects » de Diaspora*, ou les « Cercles » de G+ et les listes de Facebook, directement inspirés du premier, ne sont qu’une autre réponse au problème de la vie privée. Mais si on y réfléchit, la meilleure réponse à ce problème, ce serait du « multi-compte » avec les e-mails. Impossible de savoir que cet hacktiviste si virulent est en fait notre collègue de boulot si les deux comptes sont complètements séparés. Parce que finalement, dans nos listes de contact, on retrouve à peu près la même chose que dans nos listes de carnet d’adresse, non ? « Amis, Collègues, Autres élèves, autres contributeurs »… Cela pourrait à la fois être le carnet d’adresse de chacun de mes comptes mails, et à la fois mes Aspects sur Diaspora*, les différentes listes de personnes vers qui je publie, ou non.

Alors le voilà, le troisième point important, complètement absent des réseaux sociaux actuels. La possibilité de parler à certains sans que les autres le voient, c’est bien. Pour autant, si on parle toujours en disant « Je suis Mr Dupond », il suffit que quelqu’un de la première liste croise un jour quelqu’un de la deuxième pour que les deux est accès à tout ce que l’on a dit. Les identités ne sont pas séparées. La vie privée offerte n’est qu’une petite illusion, très fragile.

Point numéro 3 : Un web social doit permettre de gérer facilement plusieurs identités.

Allez, on va peut être enfin avoir une idée de comment implémenter tout ça dans la partie 4 :p

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